Ras le bol des tours de l'île?! C'est vrai que c'est la troisième fois en moins de deux mois que je vous fais le coup... D'abord avec LN, puis avec les filles, et voilà que je vous en remets une louche... Sans escale?! Qu'est-ce qu'il nous raconte, celui-ci?!

Donc, cette fois, c'est plus pareil!!

À l'ACHM, ça cause. Ça cause beaucoup, même. De tout : voile, moteur, grande navigation, voyage, etc. Et à chaque fois, c'est autour d'une bière ! Mais des voiliers sur l'eau, on n'en voit que trop rarement, on est malheureusement tous d'accord là dessus…
Il y a quatre jours, un des sujets récurrents est revenu sur le comptoir, en fin de soirée, peut-être même en début de nuit : le tour de l'île sans escale, soit à peu près 80 milles à tomber, à l'intérieur du lagon, en évitant la pétole qui est souvent présente la nuit, la belle houle de Sud-Ouest qui gâche les bords pour remonter la côte Ouest de l'île, et les récifs qui jalonnent le parcours, partout.
Loin de ces discussions (c'est pas que c'est inintéressant, mais sur IRMA, on préfère naviguer, au pire, on en parle après), en me réveillant un matin, je vois que, sur le corps-mort d'un des catas qui naviguent le plus sur Mayotte, il n'y a plus que le bateau. Moucata est donc parti sans son annexe, bizarre… C'est sur ce bateau que j'avais fait avec Guillaume, son skipper, deux jours dans le Nord en balade.

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Vers 14h30, on apprend qu'il était ce matin sur le bassin Est, et qu'il est maintenant au Nord-Ouest de l'île.  ?!? Quelqu'un fait enfin le rapprochement avec la discussion de la veille, et nous comprenons d'un coup que le Moucata est en train de nous bâtir un temps de référence pour attiser un peu le marasme ambiant !
Par texto, j'essaie de prendre deux-trois infos auprès de Guillaume, le skipper du bateau, qui est seul à bord, et commence à tirer les derniers bords de près pour rentrer au mouillage, mais, dit-il, pas avant 19h, sauf si le vent tourne… Le vent tourne, et à 16h30, il coupe la ligne d'arrivée qui sert traditionnellement au départ des régates locales. Comme il est parti à 6h30 pétantes, le calcul est vite fait, 10h pour boucler le tour de l'île, chapeau bas !!
Après cela, il vient rapidement boire une petite bière, avant de partir au tennis, «j'suis en r'tard», qu'il nous dit !

D'un seul coup, la conversation prend de la consistance, disons carrément qu'on est dans le concret, là !! Je commence donc à m'intéresser au débat, j'additionne les heures qu'il m'a fallu pour faire le tour de l'île la semaine dernière, je discute un peu du truc avec Franck, il faut faire vite, voilà quelques jours que souffle sur l'île un vent fort, qui se maintient la nuit.
À 4 nœuds de moyenne, il me faut 19h pour faire le tour, mais on doit pouvoir faire mieux, quand même. Disons 17h, par exemple. Après calcul, simulation et pose d'hypothèses multiples, je décide que nous partirons dans le week-end, pour établir un temps de référence monocoque, les 10h de Moucata à 7.2 nœuds de moyenne étant complètement inaccessibles pour mon petit monocoque de navigation hauturière.
Il faut ensuite trouver un équipage, le motiver, et trouver une heure de départ qui convienne à tout le monde. Pas évident, mais on finit par y arriver, même si c'est à peu près le pire compromis pour ce genre de navigation : départ vers 20h, le samedi soir ! Donc une nuit entière à gérer, alors que tout le monde a eu sa journée d'activité avant, deux de mes équipiers vont même grimper en haut du Choungui dans la journée. Mais c'est OK, on part là-dessus.
01Dzi-HandremaÀ 19h, nous sommes donc 5, réunis dans le cockpit, pour organiser cette navigation contraignante : deux équipes de deux, qui se relaient toutes les deux heures, et je reste hors-quart, c'est-à-dire qu'on peut me réveiller à n'importe quel moment pour quoi que ce soit, je dois rester disponible en permanence, pour aider, conseiller, remplacer, réparer, entretenir.
Après un rapide repas, nous larguons le mouillage, coupons la ligne de départ à 20h30 pétante, et partons discrètement dans le Nord, dans le sens inverse de Moucata. Celui-ci, en fin limier, nous a vu partir, et nous souhaite bonne chance, en nous conseillant de ne pas rester trop sages !
Pour suivre ses conseils, nous envoyons le deuxième génois, tangonné au vent. La barre devient un peu plus difficile, Gildas peste sur la barre à roue, le vent est fort, et à 6 nœuds, parfois plus, on avance rapidement vers le Nord-Ouest de l'île.
Chacun reste longtemps dans le cockpit, l'adrénaline est là, la Lune et la mer sont magnifiques, c'est grandiose, et on avance à fond, dans une mer quand même bien formée. Nous avons les deux génois envoyés devant, ainsi que la grand-voile, et ça dépote. C'est le maximum de surface de voilure qu'IRMA peut porter avec ce vent, c'est même trop, mais on est là pour tartiner.
Une heure après le départ, je signifie que les quarts débutent enfin. Il y en a donc deux qui vont se coucher, pendant que je reste avec le quart de service, afin de driver le barreur dans le champ de patate de la passe Longoni. On tire au plus court, hors de question de respecter le balisage. Et au changement de quart, on entend l'eau briser sur les récifs, juste à 200m…


02Handrema-SadaL'équipe suivante monte donc sur le pont pour attaquer les zigzags qui vont nous permettre de remonter progressivement le vent. On tire un grand bord jusqu'à la barrière de corail, puis on vire pour retourner à ras de terre. La mer est formée, c'est une allure où le bateau gîte énormément, tape dans la houle, bref, on se bat franchement contre les éléments…
Il faut barrer avec précision, régler le bateau avec soin, ne pas serrer trop le vent, ni s'en éloigner. Bref, faut pas se planter, 30cm d'écoute bordés en trop suffisent pour planter le bateau, il dérive alors plus qu'il n'avance, et si on ne connaît pas très bien le voilier, on ne s'en rend  alors pas forcément compte. Hors-quart, je n'ai que ça à faire : vérifier la bonne marche du bateau, conseiller le barreur, vérifier la navigation, estimer la bonne marche, et aider à la manœuvre. Je dois également veiller à tout, et il m'est alors impossible de dormir pendant une bonne partie de la nuit. Le bateau avance quand même bien, nous sommes toujours au dessus des 4 nœuds, et les équipes de quart se relaient toutes les deux heures, chacun faisant le job, c'est un vrai plaisir. Je reste en alerte, arrivant tout de même à trouver un peu le sommeil, bondissant toujours avant qu'on ait besoin de m'appeler, pour résoudre tel problème, faire abattre l'équipier qui serre un peu trop le vent, ou empêcher les écoutes de spi de taper contre la coque du bateau, empêchant les équipiers off de se reposer.


Au matin, nous avons bien avancé, mais nous tirons encore des bords, le vent tourne, à notre défaveur… Mon Dieu, mais c'est pas vrai, quand est-ce qu'on va se sortir de là ?! La mer est toujours bien formée, alors que nous sommes protégés de la houle de l'océan par la barrière de corail. Le vent continue de se positionner face à nous, et je préfère aller me coucher que voir ça…

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Il faudra attendre Saziley, pour enfin ouvrir les voiles, et se retrouver plein travers, dans une mer blanche d'écume. Nous remontons rapidement le long de la cote Est de Mayotte, et… mais ?! tiens ?!… un voilier est mouillé à Bandrélé ! Mais ?! C'est Moucata ?! C'est pas vrai que ce chameau est venu vérifier comment on faisait le boulot !!! Le voilà qui me demande par texto où est rangé le spi !! On lui fonce directement dessus, plein travers, tangon près à recevoir le deuxième quand nous allons abattre, et voilà Guillaume qui sort de sa cabine pour venir nous tirer le portrait ! Bonne idée, ça, je n'ai pas encore eu le temps de faire des images, et j'avoue que l'ambiance à bord est plutôt à rester entre-nous. Je crois d'ailleurs que personne à bord n'a pris la moindre photo…

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05Bandrélé-DziAu passage de Moucata, nous abattons, et envoyons le deuxième génois, pour récupérer encore un nœud de vitesse : nous avons perdu pas mal de temps à cause du vent qui refusait dans le sud, et nous voudrions atteindre notre objectif des 17h. Jusqu'au bout, nous faisons le boulot : il faut affaler le deuxième génois après l'Hajungua, on borde les voiles, on contourne la bouée de Bouzy, et hop, on renvoie vite le génois en abattant de 15 degrés. Nous rejoignons la cardinale de Dzaoudzi juste dix minutes après, j'abats avec Marc le génois au vent quand il se gonfle à contre, pendant que les autres lofent à mort pour rejoindre la ligne d'arrivée. Ça borde sec, et nous fonçons sur la ligne de départ, au près serré. Le bateau est couché sur l'eau, la ligne est là, juste devant, regarde, entre les deux bouées rouges. TOP !! 16h54min24s


Nous sommes lessivés, claqués, mais tous ravis de l'avoir fait !! Mon équipage a assuré du début à la fin, je n'ai pas tenu la barre une seule seconde ! Moucata m'envoie un petit message pour nous féliciter : il sait qu'on en a chié bien plus que lui, et que notre temps, même loin du sien, est honorable.
Nous aurons parcouru en 17h un peu plus de 80 milles, soit une moyenne de 4.7 nœuds. Il nous a fallu pas moins de 11h de près pour remonter le vent soit les deux tiers du temps, alors que ça ne représente en ligne droite que moins de la moitié du trajet… Mais ne dit-on pas : le près, deux fois le temps, trois fois la peine ?!
Il y a maintenant deux temps établis, et un règlement tacite : chaque bateau faisant le tour de l'île sans escale se fera offrir un coup par TOUS ceux qui l'ont déjà fait auparavant. Moucata me doit donc un coup, et Moucata et moi offrirons un coup au prochain bateau qui réalisera le même parcours, date de départ, nature de l'équipage et sens de rotation au choix, puisqu'on vous dit qu'on s'en fout !!
Alors nous, on vous attend !! Faut pas qu'en parler, faut y aller, c'est tout !

 

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