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Le lendemain, c'est Pierre, mon pote bizarre, qui embarque. Pierre a fait partie de ceux qui ont décidé de partir en mer à la recherche de Franck et Nicolas. Il était sur Selah, dans l'équipe qui avait pour nom de code SAUVAGES. J'avais aussi les LHERMITTIENS, les MALGACHES et les CONIFÈRES, et un gars en Nouvelle Calédonie me faisait le routage pour chaque équipe, à moi de trouver les moyens techniques sur Mayotte pour joindre chacun.
Pierre, depuis son arrivée sur Madagascar, est à la recherche d'un arbre d'hélice. Diamètre 32, 2m00 de long. En mettant pied à terre, il a acheté un pied à coulisse et une brosse à dents. Dans cet ordre.
Pierre aime les bateaux de travail. C'est pourquoi nous passons si près de ce bateau, racheté par des Sudaf, remâté faut voir comment, et équipé d'une grue et de tout le matériel de plongée nécessaire pour pouvoir récupérer la ferraille sur les épaves qui traînent dans la vase malgache. A priori, on ne rejoint pas ses mains en essayant de serrer le mât avant dans ses bras…

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Mais heureusement, Pierre a d'autres marottes, et depuis le naufrage de la Mangue Bleue, il s'intéresse aussi énormément à la survie, et aux annexes dynamiques, c'est-à-dire capables de naviguer efficacement en mer, à l'aide d'un gréement pour profiter du vent. C'est d'ailleurs le cas de mon dinghy:

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Pour lui, la pirogue est une vraie solution, et le voilà à faire blabla avec le moindre charpentier naval qu'il croise, à la recherche du point faible de l'esquif sus-nommé !

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J'en profite pour photographier ce boutre à balancier, et son chargement de feuilles de Ravenala, élément de base de la couverture malgache.

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Nous retournons sur Nosy Bé. Au port, on admire le contraste des différents bateaux au mouillage. C'est la première année que je vois autant de luxe sur Nosy Bé.

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Le port.

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Nous passons à Madirokely, pour régler certaines choses. M'zouazia, le langoustier fabriqué à Mayotte vient de mouiller, et débarque ses équipiers.

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Ce lieu très connu de Madagscar est particulier : C'est pour moi une petite Cote d'Azur à l'ambiance niçoise, où les pirogues ne viennent plus que pour décharger et vendre aux hôtels le produit de leur pêche… Mais les opérateurs de pêche touristique vendent des sorties de pêche au gros, et ensuite, ce qu'ils ont pêché aux mêmes hôtels, il ne reste donc plus beaucoup de place pour la pêche traditionnelle. Reste encore aux petits pêcheurs la possibilité de remiser leur pirogue, et de chercher une embauche dans ces hôtels ou sociétés de pêche au gros, l'économie locale se décalant toujours plus vers le tourisme.
Nous rentrons sur Hellville.

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Notre tourisme mécanique continue et nous voilà chez un tourneur, toujours à la recherche de l'arbre qui cache la forêt. Rien ici…

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En se baladant dans la mangrove qui encadre le port de Nosy Bé, nous distinguons un mât, qui dépasse au dessus des paletuviers. C'est bien Faramineuse, un voilier que je connais depuis quelques années déjà, et qui navigue beaucoup dans la région. Il est en entretien, la cabane du menuisier est juste derrière, sur la rive. Nous n'avons pas pu comprendre comment le bateau tenait en équilibre à marée basse…

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Bien sur, nous n'allons pas rentrer à vide à Mayotte : Pierre se charge de trouver le produit le plus encombrant possible, à moindre frais. Mission réussie, a priori !!

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Nos pérégrinations me conduisent au port, mais un peu plus décalé, en latéral. À marée basse, c'est l'heure du boulot sur toutes les vieilles coques pouraves qui trônent dans le port.

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À Madagascar, rien ne se perd : les bateaux pourris sont réparés, et quand ils sont trop pourris, ils sont revendus, et déplanchés pour en réparer d'autres. J'ai rarement vu un pays avec aussi peu de détritus. Je pense que si le plastique n'était pas arrivé sur cette île, il n'y aurait aucune poubelle et aucun déchets : tout est récupéré avec soin.

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Les gars enduisent les planches avec une espèces d'huile noire, qui capte la chaleur du feu. Ils enfourchent ensuite un tronc très lourd sur la planche…

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…qu'ils laissent doucement retomber en latéral…

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jusqu'à avoir le bon cintre pour que la planche s'adapte parfaitement à la coque à réparer.

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Une fois refroidie, la planche garde sa forme, il n'y a plus qu'à la retailler, puis la couper de long pour qu'elle prenne sa place.

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C'est un travail de longue haleine que les malgaches maîtrisent parfaitement. Viendra ensuite le calfatage, puis le goudronnage.
Les panoramiques permettent de bien mettre en valeur les fresques de l'activité malgache.

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Alors qu'un plan plus rapproché va aider à mettre en valeur un élément de cette frénésie.

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Le port pirogue, escale indispensable aux Vazas, sac à dos, qui se rendent à Nosy-Komba. À marée basse, c'est une horreur…

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Nous profitons des gargotes locales. L'objectif est double : manger pour le moins cher possible, et être malade le lendemain. Hormis la soupe de Clémentine, imbattable avec ces 500 Ariary (14 centimes d'euros) et ses 4 morceaux de lard qui surnagent, il est difficile de manger pour moins de 3.000 Ariary, soit quasiment 1€. Dans les gargottes un peu plus cossues, le plat est rarement au dessus de 12.000 ariary (3€50). Quant à être malade, je n'y suis jamais arrivé… Pierre, lui, a visité la clinique italienne pour son problème de dent. Comme ils lui ont soigné avec un gant de boxé lesté d'un fer à cheval, il a préféré le dispensaire pour sa fièvre et sa tension dans les chaussettes. Quand t'es malade à Mada, la meilleure chose à acheter, c'est un billet d'avion, disent ici les expats!!

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Après un petit tour de marché qui remplit le filet du bord, nous repartons pour Nosy Komba, où m'attend mon nouvel équipage. Si j'aime Madagascar, c'est aussi pour les nombreux fruits et légumes que Mayotte n'arrive pas à produire. Les œufs, emballés délicatement dans de la bourre…

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